“Le iPod le plus amusar” ou de l’adaptation d’un slogan

Alexandre Simard | 14 décembre 2008

J’adore mon iPod Touch. Si vous voulez vivre l’expérience iPhone sans vous engager pour trois ans auprès d’un fournisseur de téléphonie cellulaire, le iPod Touch est pour vous. Il ne lui manque que le GPS, l’appareil photo et les fonctions téléphoniques, évidemment.

Peu après la révision 2.0 du iPhone, Apple a aussi lancé la révision 2.0 du iPod Touch. Misant sur l’ouverture de la plate-forme aux développeurs indépendants et sur le succès des jeux au App Store, Apple veut positionner le Touch comme un console de jeu mobile, en compétition avec le PSP de Sony et le GameBoy de Nintendo. Le slogan, fort habile: “The funnest iPod ever.”

Pris sur www.apple.ca

D’abord, il y a le mot “fun”, qui contient le message. Ensuite il y a cette faute volontaire. Ce n’est pas le “most fun” ni le “funniest”, c’est le “funnest”. Un bravade gentille, et une référence au vernaculaire du classique “Think different”. Enfin, le slogan se termine avec “ever”, ce mot utilisé pour clore presque toutes les discussions sur Internet. C’est un iPod sur lequel on s’amuse sans se prendre au sérieux et c’est indiscutable.

Maintenant, comment adapter ce slogan en français? Si peu de mots et pourtant tellement de sens, ce ne sera pas facile. Le site français d’Apple nous donne ceci à lire:

Pris sur apple.fr

“L’iPod le plus fun.” Il fallait s’y attendre, nos cousins n’hésitent pas à employer un nom anglais comme un adjectif en français. Le message principal passe, mais il lui manque le point d’orgue du “ever” et l’utilisation du mot “fun” n’est pas très originale ou fautive. Il manque donc aussi le côté frondeur du “funnest”.

Voyons maintenant l’adaptation pour les Québécois:

Pris sur apple.ca/fr

“Le iPod le plus amusar” What the fuck? On a juste voulu reproduire la faute et on s’est foutu du sens? En fait non, il s’agit d’abord d’un problème technique. Si vous regardez la source de la page, vous y trouverez le slogan complet: “Le iPod le plus amusant à ce jour.” Le site remplace ce texte complet par une image, probablement générée automatiquement, sauf que cette image est beaucoup trop large pour le bloc contenant le texte original et se retrouve coupée. En voulant ménager la chèvre et le chou (c’est nous, ça!), on se retrouve avec une belle petite bourde sur les bras.

Ceci dit, que penser du slogan complet? D’abord, il est amusant de constater que les Français préfèrent l’élision entre l’article et le mot “iPod” et pas nous. Ensuite, la locution “à ce jour” contient le sens du “ever” original, mais pas son esprit. Ça manque un peu d’agressivité machiste, de poing sur la table. Et l’esprit coquin du “funnest” est complètement disparu.

Une bannière que j’ai remarquée par hasard dernièrement, aussi conçu pour le Québec, contient une autre adaptation encore:

Trouvé sur Kijiji.ca

“iPod Touch: plus ludique que jamais.” Avec “plus que jamais” on se rapproche enfin de l’esprit du “ever” original. Par contre, “ludique” rate la cible et de loin. Ça fait jeu éducatif. Et il n’y a rien de plus ennuyant pour un jeune à la mode.

Je crois qu’on a raté ici une belle occasion d’utiliser une expression familière typiquement québécoise: “le fun”. iPod Touch : plus le fun que jamais. Qu’en pensez-vous?

L’iPhone de plus en plus joueur

Issam Heddad | 7 mars 2008

Quelques semaines après le dévoilement d’un jeu novateur sur iPhone, voici une annonce fracassante par Apple pour toute la communauté des joueurs : Electronic Arts sortira une version iPhone de Spore, probablement le jeu le plus attendu après l’arlésienne Duke Nukem Forever (dont le développement a commencé en 1997!)

Cette annonce s’accompagne de deux autres qui piquent la curiosité de tous les joueurs et qui donnent une claque aux leaders de l’industrie du jeu portatif, soit Nintendo avec sa DS et Sony et sa PSP (qui a dit Ngage ?) :

  • Apple annonce le lancement d’un kit de développement pour iPhone, dont l’initiative rappelle celle de Microsoft avec le XNA. Le but étant de créer une communauté de développeurs, qui pour un abonnement annuel de 99$, proposeraient leurs propres jeux. Affaire à suivre. De très près.
  • Sega annonce Super Monkey Ball sur iPhone, un choix tout naturel vu que le but est de faire avancer un personnage dans une boule en inclinant le iPhone. D’autres éditeurs devraient emboiter le pas.

La SDK iPhone est première pour Apple qui se lance officiellement dans la course au jeu et vient concurrencer directement la station multimédia PSP, les Blackberry et les téléphones intelligents. Sony, pressentant les ambitions d’Apple a annoncé la compatibilité de la PSP avec Skype.

“L’iPhone pourrait s’imposer comme la machine portable de divertissement tout-en-un que tout le monde attendait,” commente un analyste interrogé par Gamasutra à propos de la conférence d’Apple. Une chose est sûre, on aura droit à beaucoup d’annonces intéressantes lors de l’E3 en mai.

Le web mobile : faut-il repenser la création?

Domenico Micheletti | 5 décembre 2007

La promesse de l’Internet mobile, l’Internet sur cellulaire, ne date pas d’hier. Depuis 1998, on promet que l’Internet sera disponible de partout, sur nos cellulaires. Le passage des téléphones aux signaux numériques (le 2g) était la première étape pour la transmission de données et la connexion au réseau Internet. La création d’écran plus complexe, plus riche et plus grand sur les cellulaires étaient également nécessaire pour le web mobile (rappelons-nous les StarTac qui avait une seule ligne de texte comme écran).

Mais admettons-le, le WAP, standard de l’Internet mobile, a toujours été décevant au niveau visuel et peu permissif en terme de direction artistique. Les fournisseurs de services cellulaires et les fabricants n’avaient pas le choix : il était impossible de transmettre toute l’information disponible dans une page Internet dans un délai satisfaisant (et on ne parle pas des coûts mirobolants pour la transmission de données). Le WAP, c’est du web edulcoré, sans support visuel. Le contenu textuel du web était disponible partout mais était-ce vraiment le web?

Peu importe ce que disait les fournisseurs et les publicitaires, pour avoir un accès à tous les sites Internet, il fallait trimbaler un ordinateur portable et se connecter à une borne wi-fi.

Mais voilà, en 2006, Nokia lançait une série de téléphones avec un “full-blown browser”. des téléphones qui combinent la transmission et la réception de données à haute vitesse (le 3g), l’utilisation du wifi et une navigation sur des pages html. En 2007, Apple lance le iPhone qui offre “pas juste une pâle imitation d’Internet”. Et ce n’est qu’un début. De la même façon que les téléphones sont maintenant tous équipés de caméra, la navigation web deviendra un standard sous peu pour l’industrie du cellulaire. Toutefois, le iPod et le iPhone, de par leur popularité, leur ingéniosité et leur forte valeur symbolique, risquent de devenir le standard en terme de web mobile. D’une manière ou d’une autre, ces appareils risquent de devenir un moyen de consultation d’Internet important dans un proche avenir. Les usagers visualiseront de plus en plus les différents sites Internet au travers leurs téléphones (et leurs lecteurs mp3), une réalité que nous devrons intégrer dans la réalisation de nos projets.

«Mais pourquoi, me demanderez-vous, faut-il faire une page spéciale pour les cellulaires si ceux-ci peuvent déjà lire les pages qu’on fait pour les ordinateurs?» C’est très ironique, je l’avoue, mais de plus en plus de sites font une version spécifique pour le iPhone et le iPod touch. Ils prennent en compte le format particulier de l’écran, la résolution à prédominance verticale, l’absence de Flash et vont même jusqu’à reprendre l’interface du menu de ces appareils pour faciliter la navigation. Les appareils sont vendus en disant qu’ils peuvent consulter tous les sites (ou presque) mais pour une navigation optimale, les créateurs de sites internet doivent adapter le contenu (et la programmation). Vous pouvez d’ailleurs trouver plusieurs exemples ici, dont Facebook.

Entre vous et moi, Apple nous a tendu un lapin à nous, créateurs de site, avec son iPhone et son iPod touch. Oui, on peut continuer à créer des pages Internet comme d’habitude qui pourront être lus par leurs appareils MAIS :
- il ne faut pas de Flash;
- il ne faut pas utiliser Real Player, Windows Media Player ou DIVX;
- il faut programmer en priorisant Safari;
- il faut utiliser Quicktime ou H.264 si on veut mettre du vidéo;
- il faut éviter les liens vers les PDF.

On peut ne pas se préoccuper de ses règles mais l’utilisateur du iPhone ne pourra pas voir notre contenu. Et s’il ne voit pas notre contenu mais qu’il peut voir le contenu du concurrent, on se retrouvera en situation désavantageuse. Si, en plus, le concurrent a créé du contenu spécifiquement pour le iPod (tout en n’oubliant pas ses usagers ordinaires qui utilisent encore des ordinateurs), il risque de toucher le jackpot en termes de visites parce qu’il s’est adapté à sa nouvelle clientèle, à sa nouvelle réalité.

Est-ce que ça veut dire qu’il faut mettre de côté Flash? Bien sûr que non! Il faut continuer à offrir du contenu riche à nos visiteurs. De plus, la pression populaire va forcer un jour ou l’autre Apple et Adobe a créé un lecteur Flash pour les iPod et iPhone. Mais en attendant, il faudra de plus en plus réfléchir à une façon d’offrir du contenu adapté pour ce nouveau média qui risque d’être de plus en plus présent dans notre réalité de créatif.