Oscar Pistorius
Alexandre Simard | 20 mai 2008On le surnomme Blade Runner et The fastest man on no legs. Amputé des deux jambes sous le genou à l’âge d’un an, ce Sud-Africain a appris à marcher sur des prothèses, n’a jamais su ce que c’était que d’avoir des jambes et ne l’a jamais regretté. En janvier 2004, alors qu’il devait récupérer d’une blessure de rugby, il se met à l’athlétisme. Huit mois plus tard, âgé de 18 ans seulement, il remporte la médaille d’or du 200m aux Jeux Paralympiques d’Athènes, en un temps record de 21,97 secondes.
Il a tout d’un athlète d’exception: le talent, les résultats fulgurants, le charisme et cette attitude confiante à la limite de l’arrogance qui caractérise les grands champions. En 2005, il affirme: « I’m not disabled, I just don’t have any legs. » (Je ne suis pas handicapé, c’est seulement que je n’ai pas de jambes.) La puissance de cette phrase le destinait presque automatiquement à une commandite Nike. C’est chose faite:
Pistorius court sur des prothèses spécifiquement conçues pour le sprint, les Cheetah fabriquées par la compagnie islandaise Ossur. De petites merveilles d’ingénierie moderne, en fibre de carbone, qui se détaillent dans les 20 000$ chacune, et qui peuvent être construites selon le poids et la puissance du coureur.
Déjà aux Paralympiques d’Athènes, certains adversaires, amputés d’une seule jambe, ont soulevé des objections. Pistorius n’ayant pas à équilibrer une prothèse avec une jambe naturelle, il a toute liberté d’utiliser des prothèses plus grandes, qui allongent son enjambée, et lui conféreraient un avantage. Quand Pistorius a annoncé son intention de participer aux Jeux réguliers de Beijing et a commencé à courir contre des athlètes sans handicap, la controverse a repris de plus belle.
Au début de l’année 2008, l’IAAF publiait les résultats d’une étude indépendante démontrant que les prothèses Cheetah confèrent au coureur un avantage mécanique clairement démontrable. Leur utilisation serait injuste pour les coureurs sans handicap, et Pistorius ne pourrait donc plus participer aux épreuves sanctionnées par l’IAAF, y compris les Jeux Olympiques. Pas démonté pour autant (le contraire aurait été surprenant!), l’athlète a porté la décision en appel au Tribunal arbitral du sport. Vendredi dernier, le TAS donnait raison à Pistorius, citant de nombreux vices de procédures dans l’étude commandée par l’IAAF.
Le Blade Runner est donc légalement éligible aux Jeux de Beijing. Il ne reste que le problème du temps de qualification. Sa marque personnelle s’établit à 46,56 secondes, à une pleine seconde du standard de qualification olympique qui se situe à 45,55 secondes. Le temps presse, c’est le cas de le dire, s’il désire se qualifier pour les Jeux de 2008. Pistorius laisse déjà entendre que les Jeux de 2012 constituent un objectif plus réaliste que ceux de cet été.
D’ici là, beaucoup de discussions chargées auront lieu à son sujet:
- Est-ce qu’il est possible de démontrer comment des prothèses telles les Cheetah confèrent un “avantage injuste”? Dur de savoir combien rapide serait Pistorius sur des jambes naturelles. Aussi dur de savoir combien rapide serait Jeremy Wariner, l’étoile actuelle du 400m, sur des Cheetah.
- À ce compte-là, est-ce que l’avantage injuste sera prouvé dès que Pistorius ou un autre coureur sur prothèses sera plus rapide que tous les coureurs sur des jambes naturelles? Pistorius sera-t-il à nouveau banni dès qu’il pourra réellement gagner?
- Les prothèses évoluant constamment, est-ce que ce long processus de tests scientifiques, de décisions et d’appels sera repris à chaque année?
- Est-ce que l’exclusion d’Oscar Pistorius ou de tout autre coureur handicapé des épreuves pour non-handicapés constitue une forme de discrimination? Les marathoniens en chaise roulante, par exemple, ont depuis longtemps dépassé les performances des coureurs, et ils continuent de compétitionner dans des épreuves séparées.
- Est-ce que le Comité international olympique devrait permettre la participation de Pistorius à Beijing, ne serait-ce que pour amener une histoire positive à ces Jeux déjà ternis et à une discipline pas tout à fait remise de nombreux scandales de dopage?
Beaucoup de questions, peu de réponses faciles. Au milieu de cette tourmente, un homme qui peut déjà se targuer d’être une inspiration pour plusieurs.
Run, Oscar, run.














