Réflexion sur la mort en interactivité
Issam Heddad | 7 avril 2008 
Vous avez remarqué que j’ai un faible pour les jeux vidéo indépendants, surtout si ceux-ci explorent des thèmes inusités dans le paysage vidéo ludique. Je suis de près les créateurs et les collectifs comme KOKOROMI (Montréal), Kloonigames (Helsinki), 2d Boy (San Fransisco), Invisible Handlebar (Vashon, Washington) ou encore ceux qui vont nous intéresser dans le cadre de ce billet : Tale of Tales (Gent, Belgique).
Fondé en 2002, ce collectif ne cesse d’innover en proposant à chaque fois une expérience interactive des plus singulières. Après avoir transformé le joueur en cerf dans l’économiseur d’écran massivement multijoueur The Endless Forest et en revisitant l’histoire du Petit Chaperon Rouge, les deux créateurs nous invitent à vivre la mort absolue à travers les yeux d’une femme âgée dans leur jeu sorti début mars, The Graveyard.
Même si le gameplay reste limité, la narration, le cadrage, le mouvement de camera, la musique et bruitages ambiants vont aller chercher des émotions rarement atteintes dans un jeu pour un poignant face à face avec l’ultime game over. Un game over d’autant plus troublant car inattendu et définitif.
La mort dans le jeu est souvent tabou si ce n’est qu’une simple formalité, un passage obligé dans l’univers vidéo ludique, où même si notre gentil héros moustachu meurt en touchant la méchante plante carnivore, on n’en reste pas affecté psychologiquement. Or dans the Graveyard on l’est. Oui, ce jeu se veut une réflexion sur la mort, il porte un regard humain sur quelque chose d’inexorable à laquelle personne ne peut échapper, arriver au dernier niveau de sa vie et combattre le boss final, la Mort, la vraie.
Certains n’aimeront pas, d’ailleurs je vous préviens dès maintenant, il s’agit plus d’un court métrage interactif qu’un véritable jeu vidéo mais la frontière entre les deux commence à devenir de plus en plus mince. Seul hic, même si le jeu est gratuit, la version payante (5 euros) permet de vivre l’expérience finale, la mort. Je vous invite alors à essayer la démo (PC/Mac) et de visionner sur Youtube une vidéo de la version payante, que bien sûr je ne mettrai pas pour ne pas gâcher le plaisir de l’expérience.
Et pour finir, une citation de Claude Péloquin pour vous mettre dans l’ambiance : “Les cimetières sont les témoins flagrants de la défaite de l’homme face au temps et à lui-même.”













8 avril 2008 à 14:15
Merci, Issam. C’est presque rassurant de voir des développeurs de jeux s’attaquer honnêtement à ce thème pourtant omniprésent dans leur industrie.
8 avril 2008 à 15:34
Oui mais quand même, certains jeux grand public essaient maintenant de chercher des émotions (autre que le bourrinage) chez les joueurs. Je pense notamment à Call of Duty 4 ou Metal Gear Solid 4 ou encore le très attendu Fable 2 qui nous permettra d’élever un chien (on nous promet un comportement ultra réalise, cela reste à voir). À la mort de mon chien virtuel je serai certainement très triste…
Bon, en attendant, je retourne nourrir mon Tamagotchi…