Festival du Nouveau Cinéma: un bilan personnel
Alexandre Simard | 23 octobre 2007Pendant que toute l’équipe travaillait fort, moi j’allais voir plein de films. À la demande de Pat, voici un compte rendu personnel…
I’m not there
Le dernier film du festival, et mon meilleur. Todd Haynes (Far From Heaven, Safe) retourne sur le terrain de Velvet Goldmine avec une biographie romancée de Bob Dylan. La vie du célèbre folk singer est splittée en 6 histoires parallèles, jouées par 6 acteurs différents, dont Richard Gere, Heath Ledger et Cate Blanchett (!) qui livre l’imitation la plus convaincante de Dylan. Impossible à résumer, ce film ratisse très large autant dans son propos que dans sa forme et donne la part belle à la musique.
Au milieu du film, un constat implacable est énoncé par Arthur Rimbaud (une des incarnations de Dylan), qui nous liste les “7 rules for a successful living in hiding”. La 7e dit: “Never create anything. It will never go away, and it will never change.” Une des thèses centrales du film, c’est que la liberté est inutile si on a pas le droit de changer. Si vous me voyez chantonner du Dylan une larme à l’oeil, vous saurez que c’est à cause de ce film.
My Winnipeg
Guy Maddin, le cinéaste canadien le plus singulier et le plus intéressant des 20 dernières années, s’est fait passer une commande: un documentaire sur sa ville natale, qu’il habite toujours et où se trouvent ses studios: Winnipeg. Il s’en donne à coeur joie, avec des mélanges d’archives réelles et inventées, d’anecdotes personnelles et historiques, desquelles il est bien difficile de séparer le bon grain de l’ivraie (j’adore cette expression). Le film contient évidemment une longue séquence sur le hockey, les Jets, la LNH et le Winnipeg Arena (en démolition). Une oeuvre envoûtante, drôle, unique, à l’image de cet esprit inclassable qu’il vaut la peine de découvrir.
Silent Light
Bon, ici, on tombe dans le goût acquis. Carlos Reygadas est un admirateur de Tarkovski et de Dreyer, et ça paraît. Soyez prêts à une oeuvre lente, aride par moment, mais d’une grande beauté. Une histoire d’adultère dans une petite communauté mennonite du Mexique, qui se termine par un miracle (!). Les acteurs (tous non-professionnels, et vrais mennonites) sont à couper le souffle, la réalisation est impeccable. Devrait vous hanter longtemps.
La question humaine
Adaptation d’un roman de François Emmanuel, que je vais certainement lire très bientôt. Ça commence comme un autre de ces films français qui s’intéresse au milieu du travail, mais c’est en fait l’histoire de la descente aux enfers d’un psychologue du travail, qui découvre peu à peu le passé trouble (lire nazi, on est en Europe!) de ses deux patrons, et qui réalise peu à peu que son travail (rationalisation, efficience, rendement, euphémismes) s’apparente de façon inquiétante au travail mené par les exterminateurs nazis. C’est d’un jojo, je vous dis. Mais c’est diablement efficace.
Nous les vivants
Pour vous remonter le moral, une fresque absurde dans la grande tradition scandinave. Une série de tableaux en plan large, où la composition, la palette de couleurs et le souci du détail sont jouissifs. Avec une fanfare qui revient nous casser les oreilles tout au long du film, pour un petit côté Kusturica. L’oeuvre de Roy Andersson, un bizarre type qui a réalisé seulement 4 longs métrages dans les 30 dernières années, et des tonnes de publicités entretemps. Ingmar Bergman (son inverse total) était son plus gros fan, apparemment.












